Etape 5: Marathon dans le sable
Alors....
Alors ma capacité à encaisser les étapes et les conditions de course, mon classement et celui de mes colocatires de la tente 6, les encouragements m'ont rendu serein. Alors je décide de garder du plaisir à courir. Je me remémore tous ces entraînements où j'ai eu du mal à finir et retrouver mon souffle, où les jambes faisaient mal, où je n'avais qu'une envie c'est que ça s'arrête. Mais non, je m'arrachais pour finir la séance.
Alors.... sur les étapes précédentes je ne me suis pas mis dans de tels états.
Alors.... aujourd'hui je donne tout! Un plan? Partir plus vite que d'habitude, ne pas ralentir, ne pas s'arrêter, s'arracher en cas de coup dur, puis accélérer et finir au taquet.
Alors.... le départ est donné et je pars plus vite que d'habitude... dans un terrain sans consistance, mou, même hors des traces. Mais je ne lâche rien. Guillaume est près de moi. 42 km, il sait gérer, me dit-il. Je décide de ne pas le perdre des yeux et je pense à Miguel, "accroches toi, Jan, accroches toi!" Alors je tiens. Le terrain change souvent, sable, herbe à chameau, cailloux, oued. CP1. Guillaume est là, Khier juste derrière moi. Les encouragements de tout le monde me stimulent. Je prends la bouteille et repars en courant. Déjà 13 km de parcourus. Ca va vite. Je maintiens le rythme et rattrape Andrea.
Nous voilà tous les 3, avec Guillaume. Andrea aussi va bien et voudrait aller plus vite.
Alors.... C'est à trois que nous accélérons sur un terrain très accidenté mais porteur, puis un lac asséché. CP2 déjà. Arrêt de 10 secondes pour finir la bouteille.
Plus que 18 km. Guillaume me distance de 50m, 100m, 200m, mais je ne le quitte pas des yeux. Je m'accroche puis reviens très doucement sur lui. Comme ça va vite !! Mais le moral est là. Alors j'accélère encore... le CP3 est là, restent 6 km. Pas d'arrêt. Pas de baisse de régime. Au contraire. La musique est forte. Les dunes approchent. Restent 4 km. Je donne tout jusqu'à la ligne. Je suis revenu sur Guillaume et le passe. Il m'a servi de lièvre jusqu'ici. Je lui dit de s'accrocher, de tout donner et que j'ai l'intention d'aller vite.
Alors.... je suis à la limite de la rupture, hors d'haleine, les jambes font mal mais je continue à tirer sur la machine. Je monte les dunes en courant quelque soit la pente et accélère dans la descente pour garder le rythme. Guillaume tient le coup dans ma foulée, super.
Alors.... la ligne est là. Je l'ai en point de mire. D'ailleurs je ne vois rien d'autre.... je m'écroule derrière la ligne. A 4 pattes, la tête dans les mains. Je reste hors d'haleine un temps fou, je n'arrive pas à retrouver mon souffle. Eddy, un doc, est près de moi. Je finis par récupérer. Guillaume vient vers moi. Il a pu suivre presque jusqu'au bout. Mais quelle aide il a été pour moi sur cette étape. 4h31 pour ce marathon au milieu du désert. 68ème de l'étape. Je suis complètement cramé. Jamais je ne m'étais autant donné sur une épreuve.
Et Vincent qui me suit à quelques minutes à peine. Après avoir retrouvé mes esprits, je me mets à chercher Sophie qui doit me rejoindre ici. Malheureusement elle arrive après moi sur le bivouac. Nous passons une partie de l'après midi et de la soirée ensemble sur le bivouac.
Mais il reste encore une étape. Même si elle est courte par rapport aux autres, elle fait tout de même 21 km dont 9 de dunes. Une fois de plus je me demande comment aborder cette étape. La faire tous ensemble ou courir à mon rythme? Mes compagnons m'encouragent à la faire à mon rythme et c'est ainsi que je la ferai. Nous nous retrouverons tous sur la ligne d'arrivée.