Etape 4: la longue, la belle

Publié le par JanDoc

La redoutée, la myhtique, la terrible, la décisive. Chacun peut la nommer à sa guise. Pour moi c'est celle que j'attendais avec impatience. J'adore les longues distances. Départ 9 h, seuls les 50 premiers du classement et les 5 premières féminines partent à 12 h. Lolo, Khier et Laurence en feront partie. Au programme, 82,2 km, 6 CP, de la montagne, plus de 20 km de dunes, des lacs asséchés, des oueds et des plateaux caillouteux. Comme à mon habitude je pars à mon rythme, un peu à l'écart sur cette première ligne droite de près de 13 km. Nous nous approchons du Djebel Zireg, mélange de sable rouge et de montagnes magnifiques. J'arrive au CP1, au pied des montagnes. Je me sens vraiment frais. Mathieu, un caméraman, m'interview: "comment gère t'on une étape de plus de 80 km?" Ma réponse est simple: " à la sensation, au plaisir. Il y a forcément des moments plus difficiles, il faut continuer à avancer même lentement." (voir l'interview).

Dès la sortie du CP nous partons dans la montagne. Je reste sur la ligne de balisage et me demande pourquoi tout le monde est parti plus à droite sur le haut de la bosse. Cela me permet déjà de reprendre beaucoup de monde, j'arrive à courir là où je suis alors que tout le monde marche. Nous franchissons un col pour découvrir une vallée de sable au milieu des montagnes. étape 4Je rejoins Andrea, mon ami italien, pour faire un petit bout de chemin ensemble avant qu'il ne parte devant. Je continue de courir tranquillement, je sais que le chemin est encore long. Encore du relief à franchir où je me fait plaisir avant de plonger dans une gorge qui nous amène au CP2. Déjà 26 km de parcourus, toujours en forme. Je discute avec Fred, responsable médical. il s'inquiète de la santé de ses DocRunners. Mais il faut penser à repartir pour 3,5 km sur un lac asséché. Je garde en mémoire celui de la veille où j'ai cuit. Celui ci est plus court et je ne baisse pas de rythme jusqu'à l'entrée de la passe qui nous conduit à l'oasis d'El Maharch. Le riad, la verdure, les palmiers appellent à la farniente... ce sera pour une autre fois. Pour le moment c'est un désert de cailloux qui nous attend. Je le traverse à une vitesse encore correcte.

CP3, 39ème km, je m'octroie une courte pose et quelques étirements. Je redoute la partie à venir, une traversée de l'Oued Rheris de 10 km, terrain sur lequel je suis peu à l'aise. Je décide d'alterner course 15' et marche 5'. Mais les minutes sont interminables et j'ai vraiment du mal à avancer, la chaleur n'arrangeant pas les choses. Je mets la musique et m'impose de boire à chaque nouveau morceau. Ne pas prendre de retard sur l'hydratation.jan A la vue du CP4 je retrouve toutes mes forces et la course est plus facile. Je sais que j'aime le terrain qui va suivre. L'arrêt est plus long à ce CP pour vider le sable des chaussures (comment est-il entré?). Il est 16 h30 et je décide de m'équiper pour la nuit. Je range la casquette et les lunettes, mets la frontale à portée de main et fixe le stick lumineux sur le sac... pas d'arrêt prévu jusqu'à l'arrivée... 31 km plus loin. Mais les deux premiers du classement me passent comme des fusées alors qu'ils sont partis 3 heures après moi, impressionnants. Au moment de partir du CP j'entend sur la radio des docs "dossard 226 à checker au CP4". C'est Christian. Fatigué et pas assez bu. Sûr qu'il saura gérer ça.CP4 étape 4

Je repars à l'attaque des dunes avec une énorme envie de courir. Moi qui pensais ne pouvoir y être avant la nuit, voilà que je devrais arriver à franchir cette section de dunes entièrement de jour. MP3 branché dans les oreilles, Orange Blossom, U2 et Muse m'accompagnent sur ces grandes dunes. Instants inoubliables de bonheur. J'aperçois une voiture commissaire, celle de Joko avec qui j'étais l'année dernière dans ces mêmes dunes. Il surveille la course avec Ben et assure le balisage de nuit sur cette section. Il m'accompagne à distance sur cette traversée et jusqu'au CP5. Seul à courir sur des dunes en plein désert en ayant un ami attentif pas loin... vraiment inoubliable.

Une passe dans la montagne, un bout de lac asséché puis le CP5... Joko est là. Je me sens vraiment bien pour enquiller sur les 20 km qui restent. Je me lance dans les dunes à nouveau avec le jour tombant. Je peux encore choisir mon chemin et prendre les endroits vierges de traces où le sable porte mieux. Les concurrents très éparpillés marchent pour la plupart. Je cours de mieux en mieux. Je suis euphorique mais arrive à rester lucide et continue à m'alimenter et boire entre chaque morceau de musique. J'allume ma frontale. Je ne vois que très peu de lumières devant moi. Le balisage est bon mais il faut rester attentif. Puis voilà le CP6 plongé dans la nuit.cp6 nuit Je le rejoins plus vite que prévu. Véro et Marie-Danielle sont là. Leur présence est réconfortante, mais je ne m'arrête pas. J'ai l'impression que pas mal de coureurs prennent un peu de repos ici. Je suis vraiment bien et sens que je peux finir vite. Le terrain est porteur et un peu vallonné. Je reprends un coureur, puis 2, 3, 5. Ils marchent, je cours à un bon rythme. Au sommet d'une bosse apparait le bivouac au loin. Impossible de dire la distance, mais loin. C'est une joie immense, quelle belle étape. Encore un concurrent devant, j'accélère et le rattrape. C'est Andrea qui marche, il va bien, je l'encourage et le motive. Il finira, c'est sûr et je reprends ma course, encore plus vite. Cette fois la ligne est proche, je lâche tout sur la musique d'Era, Ameno. 12h05' pour avaler les 82,2 km, à peine plus d'une heure pour les 10 derniers kilomètres. Cette fois je suis conscient d'avoir fait quelque chose de bien.arrivée 4

Toute l'équipe médicale du bivouac est sur la ligne d'arrivée, ainsi que les contrôleurs. J'ai envie d'embrasser tout le monde d'un coup. Un sentiment de pleinitude. Puis un autre coureur arrive: Andrea qui s'est remis à courir quand je l'ai laissé. Congratulations, embrassades, nous partageons des instants uniques.

Mais il faut bien se reposer et je vais doucement vers la tente et m'y allonge. Les coureurs arrivent un à un... puis Vincent entre dans la tente, Génial! Il finit fort lui aussi. Nous nous attelons à retirer les cailloux sous les tapis et là, surprise! Un nid de fourmis qui grouille. On ne peut pas rester ici et nous demandons à ce que la tente soit déplacée. il nous faut attendre une bonne 1/2 heure pour cela. La fatigue s'installe peu à peu. Manger, boire, un brin de toilette, s'allonger et se calmer pour essayer de trouver le sommeil. Vincent dort déjà. Les images de la journée me reviennent, j'espère que ça se passe bien pour les autres, nos compagnons de tente, pour Lolo, Laurence et Aurore, Khier, nos voisins ch'ti de la tente 4. Pour certains la nuit sera longue, d'autres n'arriveront que le lendemain.

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Publié dans récits

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F
<br /> La suite, vite !!!<br /> <br /> <br />
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